Le docteur El Messaoudi : Quand la science médicale se mêle à l’art cinématographique

Khabar khouribga: El azhar

Le Dr Bouchaib El Messaoudi, médecin-rhumatologue de formation et cinéaste de vocation s’impose comme une figure singulière où la science médicale se mêle étroitement à l’art cinématographique, donnant corps à un parcours à la fois remarquable et profondément humain. Son dernier documentaire : « Amghar, le bâtonnier de l’eau » a séduit pour ne pas dire envouté docteur Fabienne Le Houérou, historienne et directrice de recherche au CNRS et réalisatrice de documentaires ethnographiques, qui en a réalisé une analyse filmique 

Amghar est un lexème d’origine amazighe dont le champ sémantique recouvre notamment les notions de « chef », de « sage », d’« ancien » et, par extension, de « vieillard ». Selon les contextes, le terme fonctionne comme un titre d’autorité et de reconnaissance sociale, attribué à une figure réputée pour son expérience et sa légitimité au sein du groupe. Polysémique, il articule ainsi une dimension statutaire (fonction) et une dimension symbolique (prestige associé à l’âge et à l’expertise).

Dans le cadre de ce compte rendu, la référence concerne les Aït Ouirra, tribu amazighe du Maroc central (région de Béni Mellal), fréquemment mobilisée dans la littérature ethnographique pour analyser les transformations des modes de subsistance, du pastoralisme mobile vers des formes d’installation plus sédentaires.

Dans le documentaire « Amghar », Bouchaib El Messaoudi, compose bien davantage qu’un récit sur l’autorité villageoise : il filme une relation organique entre un homme, une communauté et un territoire et une matière : l’eau. Le film donne au paysage marocain une présence souveraine, comme si la terre, l’eau, les rochers, la lumière et l’architecture vernaculaire participaient eux-mêmes à l’ordre social. Le regard du cinéaste s’attache à ce lien profond qui unit le chef de village à l’espace qu’il habite, qu’il protège et qu’il régule.

La force du film tient d’abord à sa manière de faire exister le terroir non comme simple décor, mais comme réalité sociale, symbolique et sensible. Les plans sur le village, ses pentes, ses terres, ses rocs et son horizon ouvrent un espace de contemplation où le Maroc rural apparaît dans sa beauté concrète, non idéalisée, mais intensément habitée. Le territoire n’est jamais dissocié des pratiques humaines : il porte les traces du travail, des circulations, des tensions et des solidarités qui structurent la vie collective.

Cette attention au cadre donne au film une densité rare. Le paysage n’est pas, seulement vu ; il est écouté, parcouru, interprété. Le film montre que l’eau n’est pas seulement une ressource matérielle, mais le noyau des pratiques sociales et de l’organisation du travail. 

L’un des aspects les plus remarquables du film, notamment : le souci du consensus qui n’y apparaît pas comme une abstraction, mais comme une intelligence collective où chef de village, l’Amghar, incarne une autorité de médiation, enracinée dans le temps et l’espace.

Sur le plan filmique, Amghar se distingue par une esthétique de la retenue et de l’attention. Le film préfère l’observation patiente aux effets démonstratifs. La musique, avec ses quelques accords hypnotiques, participe à cette immersion. Elle accompagne le film sans l’écraser. Ainsi, le film vaut autant comme œuvre sensible que comme document sur une organisation sociale profondément liée à son terroir. C’est donc dans cette économie fragile de l’eau, du travail et de la parole que se joue le cœur du film de Bouchaib El Messaoudi…

 

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